Violence ordinaire?

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Deux heures du matin aux urgences. Il fait chaud, c’est l’été. Les entrées se comptent par centaines.

L’alarme est déclenchée, "le renfort" se précipite dans le sas d’entrée. ça court et ça crie ; un brancard avec contentions est amené dans le sas d’entrée puis poussé dans un box avec une jeune patiente hurlant et vociférant. Elle est à peine âgée de 18 ans, elle en paraît moins. Un peu alcoolisée, elle s’est présentée aux urgences pour que l’on prenne en charge une plaie minime de doigt.
Il sont maintenant 5 dans le box: la patiente allongée sur le dos, poignets et chevilles attachés. Elle hurle, gesticule, jure qu’elle se vengera, supplie pour qu’on la laisse partir,ou la détache ou au moins qu’on la laisse voir son ami.
Que s’est-il passé? Pourquoi a-t-elle atterri ici attachée? Cette jeune femme s’est présentée aux urgences, une cigarette à la main et aurait soufflé sa fumée au visage d’une aide soignante. Le ton serait vite monté entre les deux femmes, et l’aide-soignante aurait alors actionné le bouton d’alarme pour appeler les renforts.
Une fois la plaie suturée, la patiente est laissée seule dans le box.
Quelques minutes plus tard, des infirmières et des aides-soignantes la maintiennent fermement car la patiente a réussi à libérer une main et une cheville. Puis voilà qu’apparaît une autre aide-soignante, celle de l’accueil. Bien évidemment, la patiente s’agite de plus belle, l’insulte. L’aide-soignante s’approche et la patiente lui crache au visage. La réponse ne se fait pas attendre: un coup de poing en pleine tête. Répondre à la violence par la violence…

J’ai longtemps hésité à écrire cela, par crainte de tendre le bâton ("Rhoo! Frapper un patient,attaché en plus, Rhooolala. C’est honteux" Oui ça l’est, je vous le confirme!)qui servira, encore une fois, à nous (le personnel soignant) faire battre. Oui il y a des abus, des actes malveillants, déplacés , oui il y a des médecins maltraitants. L’homme est humain, c’est sa force et sa faiblesse. Alors pourquoi écrire? Pour reconnaître ses erreurs (vous trouverez peut-être que je me défends bien vite, mais ce n’est pas moi qui ai assené les coups. D’ailleurs, j’ai déjà reçu un coup de pied, une gifle par des patients et je n’ai jamais pu répondre même pas un "Non mais ça va pas!". J’étais à chaque fois littéralement sidérée, les yeux écarquillés traduisant un "Mais que vient-il de se passer?!".), les dénoncer, pour faire acte de contrition, pour être plus vigilant, plus réceptif de ses émotions afin de ne pas se laisser envahir par elles.
Heureusement, ces actes sont rares, ce sont surtout les médecins qui se font taper dessus! J’exagère à peine; en 2010, sur 5 090 signalements de violence, dans 82% des cas les victimes étaient du personnel soignant ; essentiellement dans les services de psychiatrie (circonstances atténuantes me direz-vous pour ces auteurs de violence), devant la médecine générale et les urgences. (1,2)
D’ailleurs ça me fait penser que je voulais écrire un p’ti’quelq’chose sur le devoir des patients. Bah oui ils n’ont pas que des droits! Et peut-être aussi sur l’Humanitaire (Ah quel mot magnifique, noble!! Empreint d’altruisme!) , les petits enfants noirs d’Afrique qu’il faut sauver et tous ces bons sentiments.

1. Forte hausse des agressions en 2010. Bulletin d’information de l’Ordre national des médecins. Mai-Juin 2011. N°17. Page 4.16.
2. Violence et maltraitance dans les établissements de soins : en prendre conscience pour les éviter. La Revue Prescrire. Octobre 2011. Tome 31. N° 336. Pages 776-781.

Elle était déjà morte.

Le bip vibre sur ma poitrine: nouvelle sortie SMUR. Sur la feuille, quelques informatiions: femme 54 ans (son nom, son adresse), , cancer, inconsciente, lèvres cyanosées. L’équipe se dépèche, jette un coup d’oeil à la carte routière, saute dans la voiture, programme le GPS.
Sirènes hurlantes, nous arrivons dans un jarrdin particulier. 3 pompiers, 1 jeune femme d’une trentaine d’années, un homme du même âge, un autre plus âgé et la patiente étendue sur le sol. L’un des pompier lla masse, l’autre la ventile.
Le médecin: " vous massez depuiis quand?" "20 ou 30 minutes" répond l’un des pompiers."Er vous avez choqué?" "Non".
L’infirmière SMUR prépare la perfusion et la seringue d’adrénaline. Le médecin remplace le pompier placé à la tête de la patiente. Assez rapidement. Il l’intube tandis que l’infirmière pose la voie. Je ne peux aider, je me sens inutile. Finalement , je tiens la poche de sérum phy, et j’augmente le débit de la perfusion après le premier miligramme d’adrénaline injecté.
La scène est terrible: la jeune femme, la fille de la patiente chuchote des "Maman" entrecoupés de larmes, le plus âgé des 2 hommes, le compagnon de la patiente nous raconte ce qu"il s’est passé et les premiers gestes de réanimations qu’il a tentés. Plus loin, un petit chien blanc frisé regarde la scène attaché à un arbre et pleure.
L’infirmière a déjà injecté 3 miligrammes d’adré. Les pompiers se relaient pour poursuivre le massage cardiaque. Le thorax de la patiente s’enfonce à chaque seconde sous le poids du pompier, mais le coeur ne repart pas.
Le médecin demande à l’infirmière d’injecter tout le restant d’adrénaline.
Le pompier en sueurs, continue à masser la patiente. Doucement, le médecin s’adresset aux pompiers: "Messieurs" et fait le signe"T" avec les mains. Les pompiers se relèvent, la jeune femme court vers sa mère: "nan ce n’est pas fini. Maman" C’est déchirant. Le conjoint pleure, s’agenouille, embrasse son amour, lui prend la main. Il ne veut pas qu’on abaisse les paupières. Il la regarde, dans les yeux.
Et je suis là, immobile, essayant de me contenir. Il sera indécent de pleurer. Ce n’est pas ma famille, pas ma perte, pass ma tristesse. Pourtant l’émotion est bien présente, au bord de mes yeux, au fond de ma gorge.
J’avais déjà été confrontée à des décès. Mais des décès attendus, chez des patients très âgés, très malades.
Mais ce jour-là. Une femme jeune, sa famille présente et spectatrice des tentatives de réanimation…
J’ai réussi à contenir mon émotion (déplacée?), et j’ai craqué dans ma voiture, en rentrant chez ma mère que j’ai si peur de perdre.

ER

Semestre prochain: les Urgences dans une ville de bord de mer.

Oui les Urgences l’été. Je suis maso, anxieuse ET maso.

Un semestre de dingue à venir mais sans Burn out, vous verrez!

Je dois de plus faire mon mémoire du DU… Le mois de Mai sera studieux ou ne sera pas.

"Vous pouvez me rajouter une boîte de Doliprane?"

À la fin de la consultation, lorsque le médecin rédige son ordonnance, le patient ajoute souvent :" et me rajouter une boîte de Doliprane? et des gouttes pour le nez, j’en ai plus". Comme à l’épicerie. Le médecin prépare la liste des courses sur instructions du patient. Mais comment lui refuser sa boîte de paracétamol??

Peut-être en déremboursant le paracétamol?

Je n’ai pas l’âme d’une militante, mais si je devais militer je le ferais pour le déremboursement du PARACÉTAMOL. Antalgique usuel de palier 1 que tout individu lambda devrait avoir dans sa pharmacie; tout comme des pansement, un antiseptique… Dans une émission , le Pr Lantieri rappelait à juste titre que le savon, la brosse à dents, le dentifrice font partie du Soin et pourtant ces produits ne sont pas remboursés (Dieu Merci!) par la Sécurité Sociale.

Que le paracétamol soit remboursé pour les douloureux chronique d’accord. Mais c’est tout!

(J’avais dit que j’arrêtais mais je voulais vraiment parler du PARACÉTAMOL quitte à m’attirer les foudres de certains)

Georges

Georges est beau, beau par son humilité, son humanité, sa tendresse. C’est quelqu’un d’entier, un ami, un bon ami. Georges, on l’aime. On aime surtout son blog et ce qu’il dit de lui. Beaucoup d’articles très bien écrits qui m incitent à m’arrêter. Certains sont faits pour ça et d’autres non.

Envie de vacances.

Je prépare ma petite trousse à pharmacie:
anti-émétique
anti-diarrhée
antalgique palier I et II
AINS local
répulsif moustique
écran total
crème après-soleil
compresses
ciseaux
pansements
antispetique
anti-histaminique

 

Si vous pensez à autre(s) chose(s), n’hésitez pas. Merci.

CESP ou Contrat d’Engagement de Service Public

Peu de temps après avoir découvert ce petit coin de campagne, j ai eu envie de signer un CESP. Seulement, lorsqu on signe un tel contrat, on s engage à s installer "à la campagne" mais pas de ce petit coin de campagne qui me plaît tant; j aurais pu donc me trouver dans la Sarthe par exemple. C’est peut-être l une des raisons pour lesquelles peu d étudiants signent ce contrat.

Pour avoir plus d informations, j ai appelé le Conseil Général et l ARS: on m a expliquée le CESP (pas vraiment d intérêt pour moi car en milieu d internat), on m a rassurée et proposé de m aider lors de ma potentielle future installation en zone sinistrée. On m a laissé un mail afin que je reformule ma demande, mon projet d installation avec mes coordonnées et mes motivations.

J ai attendu avant d envoyer mon mail. La raison première était que je souhaitais d abord rentrer en contact avec des étudiants de ma fac ayant signé un CESP; en effet les médecins de ma petite zone sinistrée ont soixante ans passés, si je venais à m installer je préférerais être avec d autres jeunes médecins, d abord parce que c est plus sympa et aussi parce que c est plus simple lorsqu un médecin veut prendre des vacances.

Et finalement, je ne suis plus sûre de vouloir m engager dès maintenant. J aime en effet la campagne. Je rêverai d avoir une grande maison avec un grand terrain  avec  mes animaux: mes 2 chats et pourquoi pas un chien, un coq, une chèvre, un âne ou un cheval. une piscine pourquoi pas, plein de chambres pour inviter la famille et les amis… Mais je veux également me laisser l opportunité de rencontres qui pourraient me mener dans d autres villes ou pays peut-être. J ai envie de voyager pour notamment faire le tour du monde des zoos et de la danse, d apprendre à jouer du violon, et j ai surtout envie de faire de la neurologie: ma rêverie de jeunesse. La seule possibilité serait que je travaille dans un petit centre hospitalier avec une petite unité de neuro… enfin je ne sais pas… la vie va sans doute m offrir des occasions et je ne veux pas les gâcher en promettant de m installer dans un désert médical. De plus, je pourrais très bien rencontrer un beau jeune homme que j aurais envie de suivre… en Australie!!

L’opinion publique semble penser qu il est normal, légitime d imposer à des jeunes médecins de s installer dans les déserts médicaux. On devrait accepter de faire des sacrifices; de plus je ne suis pas convaincue que ça nous ( moi en l occurrence) pousse à faire de la bonne médecine; j ai eu mon lot de contraintes, je veux pouvoir être libre, libre de choisir et libre de changer d avis; ça me dérangerait moins qu on m empêche de m installer dans une ville surchargée de médecins.

Une Cure?!!

Il est 10h45. Juste avant l unique pause de la matinée.

Le médecin a une soixante d années, le cheveu rare, ébouriffé et gras. Il porte une veste grise mal ajustée d une propreté douteuse. Il a le pas lourd. Il sort de son cabinet.

Le Médecin: Madame Aix

Une dame, environ 70 ans légèrement courbée , se lève, quitte la salle d attente et suit le médecin dans son cabinet. Elle semble abattue, triste. 

Le Médecin, regagnant son fauteuil : Alors c est pour quoi?

La Patiente, en s asseyant: La cure Docteur.

Le Médecin, encore debout, s arrête prêt de son bureau: Quelle cure???!!!!

La Patiente, mi-agacé, mi-gênée: Mais si Docteur, on n en avait parlé la dernière fois. La cure thermale. Pour mon dos

Le Médecin, se laissant tomber dans son fauteuil : Pfffffffffffffffffffff

La Patiente, les yeux embués de larmes: Écoutez Docteur, si vous ne voulez pas me soigner je change de médecin. Elle sort un mouchoir en tissu de son sac à main bowling, essuie ses yeux, son nez et poursuit: Déjà la dernière fois, vous avez dit quelque chose qui ne m a pas plu. Silence. Et en plus devant mon mari.

Le Médecin, l air détaché, dubitatif: Ah bon??…

La Patiente, étouffant un sanglot: Oh, si!! Vous  savez très bien! Vous avez dit: "les cures, c est un truc pour les COCUS". Elle pleure.

Le Médecin: RRRggggghhhh, c était pour rire! Mais si vous n avez pas d humour je ne recommencerai plus,dit-il en se levant. Allez, venez de ce côté que je vous examine.

Sans rien dire, la patiente se lève, dépose son mouchoir humide sur un coin du bureau. Elle enlève sa parka rose poudre en polyester sur le dossier de sa chaise et commence à enlever son pull, puis ses chaussures. Ses gestes sont lents. Elle s allonge sur la table d examen.

Le médecin commence son rituel: il prend le bras de la patiente dans une main, le tensiomètre dans l autre, le stéthoscope sur les oreilles. La pression artérielle est anormalement élevée.

Le Médecin: 15-9; elle est un peu haute aujourd hui.

Il poursuit l examen, ausculte le coeur et les poumons et retourne à son bureau.

Le Médecin, sort un formulaire vert de demande de cure thermale et commence à le remplir: Bon alors cette cure vous voulez la faire où?

La Patiente: À Adossé-Les-Bains

La patiente se rhabille, elle s interrompt à de nombreuses reprises pour essuyer ses yeux et moucher un peu. Elle a remis son pull et ses chaussures. Elle s assied.

La Patiente: J aimerais bien un IRM ou un sacnner pour me dos.

Long silence. Le médecin s arrête d écrire, regarde Madame Aix fixement.

La Patiente: Je ne vous demande jamais rien!

Le Médecin termine de remplir le formulaire vert, sort une ordonnance et dit:  Donc une IRM de rachis.  À faire sans urgence. Il lui tend le formulaireet l ordonnance et ajoute: Vous avez votre carte vitale?

La patiente fouille dans son sac bowling et en sort un porte-ordonnance vert pomme. Elle tend sa carte vitale sans un mot ni un regard pour le médecin.

Le Médecin, introduisant la carte vitale dans le lecteur: C est 23 euros.

La patiente remplit son chèque, le dépose devant le médecin. Celui-ci lui remet sa carte vitale, se lève et se dirige vers la porte. Il la regarde rangeant ses affaires. La patiente remet rapidement son garde-ordonnance dans son petit sac, se lève et enfile sa parka.

La Patient, en serrant la main du médecin: Au revoir Docteur.

Le Médecin: Au revoir. Il referme la porte du cabinet: J étais à 2 doigts de la foutre à la porte.

Familles d’accueil

J ai quelques patientes qui sont familles d accueil. Elles ont déjà 2 ou 3 enfants et  acceptent, contre rémunération, d héberger, d éduquer, de nourrir un jeune en difficulté (sociale mais affective surtout). La sécurité sociale lui paie des vacances (kayak, équitation…), lui donne un peu d argent de poche, verse également une somme d’argent à la mère biologique, prend en charge les déplacements pour que celle-ci puisse voir son enfant.A contrario, les enfants de ces familles d accueil n ont ni vacances, ni argent de poche.

Cependant, il semblerait que beaucoup de ces mères à qui on a retiré l enfant soient plus proches de la poule pondeuse que de la maman gâteau; elles enfantent, on leur retire leurs enfants les uns après les autres, elles touchent chaque mois pour chaque enfant une sorte de rente, n honorent pas les rendez-vous…

Ces patientes sont épuisées; elles doivent être présentes pour leur(s) enfant(s), pour gérer les conflits, les vols… Elles sont révoltées, en veulent en la sécu, aux assistantes sociales…

Certificetcetera

C’est la grande période des certificats. Pour autoriser la fillette à faire du foot, ou bien papa à faire de la pétanque "avec les collègues!".

Examen clinique, petit test d effort, on signe l autorisaion à la pratique du sport. Fin de la consultation.

Mais il y a aussi ces certificats " d autorisation à utiliser les médicaments de la trousse de secours" lors d un voyage scolaire ou encore une demande d ordonnance pour "doliprane, smasfon, bétadine…."

Tout le monde se décharge sur les médecins: la nounou, les profs, les parents…

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