Mes débuts.

Les remplacements s’enchaînent, je découvre de nouveaux patients, j’apprends de nouvelles choses, eux moi et la Médecine. Je souris, je ris. Parfois le ton est plus grave. Tantôt proche, tantôt distante. Sérieuse ou un peu gaga avec les enfants (je me plais à croire que même s’ils pleurent, ils pleurent moins que si je n’avais pas joué aux Lego avec eux, fait un petit dépassement en agitant ma marionnette de doigt / grenouille verte. Durant ces études, on cherche à te décourager de faire de la Médecine Générale. « tu ne vas pas quand même pas soigner des rhumes et des angines toute ta vie?! » Oui, on s’apprend que faire médecine générale c’est comme si tu avait un peu raté médecine.

Mais bon dieu non! Moi j’aime ce que je fais! J’aime soigner nez qui coulent et gorges qui grattent! Toutes c’est consultations ne ressemblent pas, les mêmes conseils, les mêmes traitements le plus souvent mais à chaque fois une interaction différente. Un sourire, un jeu de mots. 

Et c’est aussi l’occasion de souffler. Le petit patient qui vient pour un rhume et qui passe juste après le jeune père de famille veuf, c’est une petite pausez une petite bouffée d’air frais.

Je le aime déjà mes patients. 

Cette petite dame qui traverse une période difficile (familiale, sociale, professionnelle) et qui ce jour-là rayonnait. Elle était si souriante! Je le lui ai dit, simplement, naturellement. Là aussi, j’aime à croire que ça fait un peu partie du soin.

Ce grand monsieur avec sa maladie neurodégénérative. Nous avons surtout discuté, je ne l’ai quasiment pas examiné. Ça a duré plus de 50 minutes! Chaque minute était nécessaire. Un temps de parole précieux. Que je peux me permettre car les patients sont toujours un peu réticents à voir le remplaçant. « Ah il est absentz c’est le remplaçant? Et il revient quande bon ben ça peut attendre. » après une telle consultation je suis contente de recevoir des petits patients car « je crois que c’est la gastro, ils l’ont tous à l’école » D’ailleurs, je balbutie encore un peu avec la cotation des actes: soit j’oublié de compter l’ECG, soit je cherche frénétiquement si les consultations longues sont valorisées.

Et il y a cette dame très âgéez élégante et coquette, qui me parle lors d ‘une consultation au cabinet, de sa passion du fractal. Et qui me montre ses travaux son ordinateur lors d’une visite à domicile.

 

Tout n’est pas toujours tout rose, tout n’est pas toujours facile. Parfois le doute me ronge. Mais j’aime ce que je fais.

Ces personnes que l’on n’oubliera pas

Plein de personnes passent dans nos vies. Certaines y laissent une trace indélébile, d’autres un vague souvenir (un sourire, une voix, un tatouage, une odeur *beurk*…)

Il y a ces profs:

Pr D. : fabuleux dessinateur, auteur de magnifiques schémas d’anatomie faits à la craie sur tableau noir, dont la secrétaire passait en fin de cours pour effacer ses oeuvres.

Pr LG.  et ses cours de droit médical. Une femme charismatique, pleine d’humour.

Pr C. : excellant narrateur qui a fait aimer l’histoire de la médecine à tous les M1 ou presque.

Pr M. : égocentrique, qui pour faire régner l’ordre dans les amphis, menaçait de faire les cours en anglais. Totalement inefficace.

Pr M: prof de physique brillant, éternel étudiant, aux multiples DIU, qui se désolait de voir l’amphi désert; oui, c’était la M2 et le système de frappe. Un faux méchant: râlant en cours, soufflant les réponses lors des examens.

Pr V. : qui mimait les différents types mouvements anormaux

Dr  : le souffre-douleur des M1, des carrés en particulier. Trop masculine pour quelques uns, elle avait droit au tutoiement (d’ailleurs, je ne me rappelle que de son prénom; c’est bien dommage), fut la cible d’avions et de boulettes en papier, de toute taille (certaines étaient vraiment énormes). J’ai toujours été mal à l’aise pour elle; certains ne se sont rendus compte de leur méchanceté que lorsqu’elle quitta un jour le cours en pleurant. 

 

Il y a également, ces internes que l’ont à croiser en stage d’externat, des êtres brillants et pédagogues:

SL: qui doit être anesthésiste maintenant
AK: qui doit avoir fini son internat de chir vasculaire
HG: anesthésiste réanimateur également
cet autre interne vraiment brillant qui doit être rhumato (et que les internistes tentaient de charmer)

Je me souviens des autres, internes et chefs. De presque tout en fait. Des visites, des heures passées au bloc ( et mon seul et unique malaise – bloc, visites du grand patron, dissections… tout confondu: après le stress de l’examen oral de M4, courir, le ventre vide récupérer une garde d’ortho d’une co-externe n’aimant pas la chir, pour tenir à bout de bras un membre inf pour la pose de V.A.C.).

Tant de souvenirs.

Mon ancienne routine.

Je me souviens.

Durant l’externat, ma vie était rythmée par les cours, les cours et la radio.

J’écoutais les informations, au réveil, sur France Inter, nécessité absolue.

Il y avait l’émission foot les lundis et jeudis soirs sur Hit West.

Le samedi (ou le dimanche), La Prochaine Fois Je Vous Le Chanterai par l’inénarrable Philippe Meyer (  » Et à dimanche prochain sur cette même chAÎÎÎnnnne »)

Panique au Mangin Palace avec Collin et les autres « total foutraques »

Le Jeu des 1000 euros, de Louis Bozon à l’époque.

Parfois, 2000 ans d’histoire.

L’histoire fiction du samedi soir sur France culture.

Les après-midi blues/jazz sur France culture dont la fabuleuse saga sur Billie Holliday.

Les émissions de Canal B dont j’ai oublié malheureusement les noms (génépi?).

 

Ces petites phrases qui agacent.

« Pfff, je tousse, donnez-moi quelque chose de fort » Du lait chaud et du miel. De rien.

« Bonjour, je viens car mon enfant à de la fièvre. » À combien? « Je ne sais pas je n’ai pas pris sa température mais il était chaud. » *

« Rhaaa, j’arrête pas de tousser, il me faut des antibiotiques. » Désolée, c’est juste une rhinopharyngite, c’est viral. Deal with it!

« Je viens pour une prise de sang complète, c’est mon ostéo qui m’a dit. Et il est pompier mon ostéo!… Ah bon j’en ai pas b’soin?!! Ben vous allez l’appeler pour lui expliquer! De médecin à médecin ce sera plus simple » Well, well, well…

« Je viens pour mon contrôle de PSA, je le contrôle tous les ans »;  comprendre: Je n’ai pas d’ATCD de cancer de prostate, ni d’hypertrophie, n’ai aucun signe fonctionnel mais ai plus de 50 ans ET une prostate.

 » Euh, ah bon vous prenez pas la carte bleue; je vous apporte ça demain ». ça fait 10 ans que tu viens, non ça n’a pas changé: chèque ou espèces. Et d’ailleurs à J14, j’attends toujours le paiement de cette consult.

« Ah Dr XY est absent? c’est vous qui le remplacez? » Désolée que la secrétaire ne vous ait pas averti, vraiment désolée.

« …. enfin moi je dis ça… j’suis pas médecin! »  : euh ça tombe bien moi non plus! ̂

 » Mais vous êtes bien jeune. »

« Je sais que ça m’regarde pas mais vous v’nez d’où? non, j’dis ça parce que vous êtes un peu basanée »: Ah mais tu peux le dire ma petite dame je suis noire, oui COMPLÈTEMENT noire.

« Bonjour je viens vous voir car y a  2 jours j’ai vu le remplaçant de mon médecin traitant, il m a dit que j’avais une angine virale mais j’ai toujours mal ». C’est bien viral. Sorry.

 » Bonjour je suis allé chez mon cardiologue, il aimerait remplacer le XARELTO par le PREVISCAN, d’ailleurs vous avez dû recevoir le compte-rendu » Ok NO SOUCY je suis plus que d’accord. « Mais je vais attendre de revoir Dr Remplacé car lui ne veut pas que je reprenne le PREVISCAN » ??? Seriously?! Euh et la liberté de choix du patient?!!!

« Je viens pour mon renouvellement d’ordonnance ». Bonjour à vous aussi, mais vous prenez quoi? « Bah vous avez qu’à regarder dans vot’e machin! – en montrant l’ordi- » Alors, d’une, puisque vous venez régulièrement, vous devez savoir que Dr Remplacé ne rentre AUCUNE information dans son ordinateur et que les dossiers papier ne sont pas du tout à jour. Et de deux, à 45 ans, ce serait bien de connaître son traitement, de s’intéresser un peu à sa santé (je connais des patients qui ont 30 ans de plus qui connaissent leurs traitements). ça peut être utile, je vous assure.

« Bonjour, je pourrais vous voir, si vous avez une ou deux minutes, entre 2 patients; ce ne sera pas long » Les VM, ce fléau. Autre exemple: celui qui te chope dès que tu sors du cabinet, qui te suit jusque dans la salle d’attente, te parle de son produit malgré ton refus courtois, te raccompagne toi et le patient jusqu’à la porte du cabinet toujours en essayant de te vendre son produit.

patient

Ces petites phrases qui agacent. Ces petits mots qui soulagent.

Les petits remarques sympas , les remerciements, les sourires, les poignées de main chaleureuses… sont nettement plus nombreux. Et heureusement.

Catégoriser

kelman

On aime bien mettre les gens dans des cases. On les y installe. On les y enferme.

Moi j’ai le choix! On me met soit:

– dans la case noire d’Afrique noire, donc musulmane, donc ne mangeant pas de porc.

– dans la case noire antillaise, qui a l’accent créole, qui parle créole,  qui cuisine créole.

Mais de toute façon, comme je suis noire, j’ai le rythme dans la peau, je suis un peu fainéante (ben oui on aimmmmmme pwende son temps, on n’est pas pwessssssé), et j’ai le sens de la famille.

 » Chez vous, c’est pas comme ça, on ne met pas les parents en maison de retraite, on s’occupe d’eux jusqu’au bout »

« C’est votre père? » « Non »  « Oui mais vous venez du même pays (le pays des noirs) » L’homme en question a la peau noire, plus foncée que la mienne. C’était mon chef dans un service x, aucune ressemblance.

Si on a le malheur de ne pas correspondre à l’une ou l’autre catégorie, c’est qu’on renie ses racines. Et ça, c’est pire que tout!  ça mérite le bûcher!

Certains arrivent facilement à se défaire de ces a priori (eux sont cools, sympas, et la discussion est possible et souvent vraiment intéressante) , d’autres les voient comme Vérité Absolue et ces derniers,parfois, sont franchement drôles dans leur ignorance.

ITT ou ITT?

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il existe une ITT en matière pénale et une ITT au civil:

-> l’ ITT pénale= Incapacité Totale de Travail qui sert à qualifier l infraction: violences volontaires/involontaires…8jours/3mois…
Un patient victime de violence physique ou psychique peut demander à un médecin de constater cette atteinte à son intégrité (physique et/ou psychique); pour renseigner le magistrat sur la gravité de celle-ci, il fixe une durée d’ITT. Pour cela, le médecin doit faire un constat lésionnel descriptif et exhaustif des conséquences de cette violence (qu’elle soit volontaire ou non. Celles-ci peuvent être: lésions cutanées, hématomes, ecchymoses, lésions osseuses, viscérales, angoisse, troubles du sommeil, décompensation d’un état psychiatrique connu…

Cette ITT concerne tout le monde, du nourrisson jusqu’au retraité en passant pas le chômeur, le T pour Travail pouvant induire en erreur. Elle est définie au terme d’un examen clinique et d’examen complémentaires éventuels.
L’ITT correspond à la durée de la gêne réelle et globale éprouvée par la victime pour effectuer certains gestes de la vie courante, mais pas forcément tous ces gestes. Elle sert comme je le disais plus haut, à qualifier l’infraction; c’est-à-dire qu’elle détermine la compétence du tribunal qui jugera.
Je m’explique: si l’ITT , dans la cas de violence volontaire, est inférieure à 8 jours, le tribunal compétent sera le tribunal de police; le tiers responsable de cette infraction sera alors passible d’une amende; c’est une simple contravention (article R624-1 et R625-1 du code pénal). En revanche, si celle est de 8 jours voire plus, ou en cas de circonstances aggravantes (code pénal 222-14), il s’agit d’un délit (article 222-7, 222-13 du code pénal); l’affaire sera jugée par le tribunal correctionnel. Le tiers commettant ce délit sera passible soit d’une amende soit d’une peine de prison.
Pour les violences involontaires, l’affaire sera jugée par tribunal correctionnel si l’ITT est de 3 mois ou plus.
Le médecin pour estimer la durée d’ITT se doit alors de bien connaître ces conséquences juridiques.

->l’ITT civile= Incapacité Temporaire Totale: utilisée pour évaluer les dommages corporels patrimoniaux: c est important quand on souhaite se faire indemniser car ça correspond à tous les frais occasionnés depuis le jour de l accident (AVP, accident du travail…) jusqu’au jour de consolidation (quand le plaignant est « réparé »  ! )

Depuis 2004, on ne parle plus d’ITT civile mais DFT, Déficit Fonctionnel Temporaire. (Merci Maître Eolas ). Il n’y a donc qu’une seule ITT et elle est pénale. Il n’y a plus matière à confusion.

Merci également à ma consoeur Docteur ROSSANT

Violence ordinaire?

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Deux heures du matin aux urgences. Il fait chaud, c’est l’été. Les entrées se comptent par centaines.

L’alarme est déclenchée, « le renfort » se précipite dans le sas d’entrée. ça court et ça crie ; un brancard avec contentions est amené dans le sas d’entrée puis poussé dans un box avec une jeune patiente hurlant et vociférant. Elle est à peine âgée de 18 ans, elle en paraît moins. Un peu alcoolisée, elle s’est présentée aux urgences pour que l’on prenne en charge une plaie minime de doigt.
Il sont maintenant 5 dans le box: la patiente allongée sur le dos, poignets et chevilles attachés. Elle hurle, gesticule, jure qu’elle se vengera, supplie pour qu’on la laisse partir,ou la détache ou au moins qu’on la laisse voir son ami.
Que s’est-il passé? Pourquoi a-t-elle atterri ici attachée? Cette jeune femme s’est présentée aux urgences, une cigarette à la main et aurait soufflé sa fumée au visage d’une aide soignante. Le ton serait vite monté entre les deux femmes, et l’aide-soignante aurait alors actionné le bouton d’alarme pour appeler les renforts.
Une fois la plaie suturée, la patiente est laissée seule dans le box.
Quelques minutes plus tard, des infirmières et des aides-soignantes la maintiennent fermement car la patiente a réussi à libérer une main et une cheville. Puis voilà qu’apparaît une autre aide-soignante, celle de l’accueil. Bien évidemment, la patiente s’agite de plus belle, l’insulte. L’aide-soignante s’approche et la patiente lui crache au visage. La réponse ne se fait pas attendre: un coup de poing en pleine tête. Répondre à la violence par la violence…

J’ai longtemps hésité à écrire cela, par crainte de tendre le bâton (« Rhoo! Frapper un patient,attaché en plus, Rhooolala. C’est honteux » Oui ça l’est, je vous le confirme!)qui servira, encore une fois, à nous (le personnel soignant) faire battre. Oui il y a des abus, des actes malveillants, déplacés , oui il y a des médecins maltraitants. L’homme est humain, c’est sa force et sa faiblesse. Alors pourquoi écrire? Pour reconnaître ses erreurs (vous trouverez peut-être que je me défends bien vite, mais ce n’est pas moi qui ai assené les coups. D’ailleurs, j’ai déjà reçu un coup de pied, une gifle par des patients et je n’ai jamais pu répondre même pas un « Non mais ça va pas! ». J’étais à chaque fois littéralement sidérée, les yeux écarquillés traduisant un « Mais que vient-il de se passer?! ».), les dénoncer, pour faire acte de contrition, pour être plus vigilant, plus réceptif de ses émotions afin de ne pas se laisser envahir par elles.
Heureusement, ces actes sont rares, ce sont surtout les médecins qui se font taper dessus! J’exagère à peine; en 2010, sur 5 090 signalements de violence, dans 82% des cas les victimes étaient du personnel soignant ; essentiellement dans les services de psychiatrie (circonstances atténuantes me direz-vous pour ces auteurs de violence), devant la médecine générale et les urgences. (1,2)
D’ailleurs ça me fait penser que je voulais écrire un p’ti’quelq’chose sur le devoir des patients. Bah oui ils n’ont pas que des droits! Et peut-être aussi sur l’Humanitaire (Ah quel mot magnifique, noble!! Empreint d’altruisme!) , les petits enfants noirs d’Afrique qu’il faut sauver et tous ces bons sentiments.

1. Forte hausse des agressions en 2010. Bulletin d’information de l’Ordre national des médecins. Mai-Juin 2011. N°17. Page 4.16.
2. Violence et maltraitance dans les établissements de soins : en prendre conscience pour les éviter. La Revue Prescrire. Octobre 2011. Tome 31. N° 336. Pages 776-781.

Elle était déjà morte.

Le bip vibre sur ma poitrine: nouvelle sortie SMUR. Sur la feuille, quelques informatiions: femme 54 ans (son nom, son adresse), , cancer, inconsciente, lèvres cyanosées. L’équipe se dépèche, jette un coup d’oeil à la carte routière, saute dans la voiture, programme le GPS.
Sirènes hurlantes, nous arrivons dans un jarrdin particulier. 3 pompiers, 1 jeune femme d’une trentaine d’années, un homme du même âge, un autre plus âgé et la patiente étendue sur le sol. L’un des pompier lla masse, l’autre la ventile.
Le médecin:  » vous massez depuiis quand? »  »20 ou 30 minutes » répond l’un des pompiers. »Er vous avez choqué? »  »Non ».
L’infirmière SMUR prépare la perfusion et la seringue d’adrénaline. Le médecin remplace le pompier placé à la tête de la patiente. Assez rapidement. Il l’intube tandis que l’infirmière pose la voie. Je ne peux aider, je me sens inutile. Finalement , je tiens la poche de sérum phy, et j’augmente le débit de la perfusion après le premier miligramme d’adrénaline injecté.
La scène est terrible: la jeune femme, la fille de la patiente chuchote des  »Maman » entrecoupés de larmes, le plus âgé des 2 hommes, le compagnon de la patiente nous raconte ce qu »il s’est passé et les premiers gestes de réanimations qu’il a tentés. Plus loin, un petit chien blanc frisé regarde la scène attaché à un arbre et pleure.
L’infirmière a déjà injecté 3 miligrammes d’adré. Les pompiers se relaient pour poursuivre le massage cardiaque. Le thorax de la patiente s’enfonce à chaque seconde sous le poids du pompier, mais le coeur ne repart pas.
Le médecin demande à l’infirmière d’injecter tout le restant d’adrénaline.
Le pompier en sueurs, continue à masser la patiente. Doucement, le médecin s’adresset aux pompiers:  »Messieurs » et fait le signe »T » avec les mains. Les pompiers se relèvent, la jeune femme court vers sa mère:  »nan ce n’est pas fini. Maman » C’est déchirant. Le conjoint pleure, s’agenouille, embrasse son amour, lui prend la main. Il ne veut pas qu’on abaisse les paupières. Il la regarde, dans les yeux.
Et je suis là, immobile, essayant de me contenir. Il sera indécent de pleurer. Ce n’est pas ma famille, pas ma perte, pass ma tristesse. Pourtant l’émotion est bien présente, au bord de mes yeux, au fond de ma gorge.
J’avais déjà été confrontée à des décès. Mais des décès attendus, chez des patients très âgés, très malades.
Mais ce jour-là. Une femme jeune, sa famille présente et spectatrice des tentatives de réanimation…
J’ai réussi à contenir mon émotion (déplacée?), et j’ai craqué dans ma voiture, en rentrant chez ma mère que j’ai si peur de perdre.

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